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mercredi 24 juin 2009

Le palu, prise deux

Tout comme Elise et Claude, j'ai un deuxième palu! Aussi petit que le premier, c'est vrai,mais les effets secondaires des médicaments surgissent à tout moment, me donnant la nausée et ddes étourdissements. Plus qu'un jour de traitement !

Je n'écrois plus depuis plusieurs jours, car je n'ai plus l'énergie pour le faire. Il y a le mélange dela maladie et de l'envie de revenir au Québec voir ma famille et mes amis.

Je compte bien écrire, mais à mon retour ! J'ai plusieurs sujets en tête et il me sera plus facile d'écrire la tête reposée.

Sinon, cette semaine nous sommes principalement dans l'écriture du rapport de stage. Nous le présenterons au CECI et à l'ASDAP ce vendredi !

Aujourd'hui, c'est le méga-événement AdoShow qui est organisé pour les jeunes par l'ASDAP. Cette année, AdoShow bénéficie d'une grande visibilité grâce à l'émission télévisée Maxi-Jeunes qui fera partie de l'événement ! QUIZ, théâtre, musique et danse feront partie de cette belle journée ! Devinez quoi... Nous avons 5 minutes pour présenter la culture Canadienne / Québécoise ! Wow ! Quelle honneur ! On présentera les 4 saisons du Québec sous la forme d'un petit sketch. Et tout ça sera diffusé à la télévision nationale ! Que pouvons nous demander de plus pour conclure notre stage ?? LA ST-JEAN !! Eh oui, nous établiront un périmètre QUEBECOIS où il y aura de la musique de chez nous et des photos. Nous y serons placés pour donner de l'information sur notre culture.

BONNE ST-JEAN TOUT LE MONDE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

mercredi 17 juin 2009

L'ennui*

Hier, une barre de fer s'était accrochée à mon lobe frontal. Même si parfois je vis des baisses d'énergie et d'enthousiasme, hier, c'était la première fois que je me sentais ainsi au Mali : vide et incapable de regarder autour de moi avec des yeux curieux comme j'ai l'habitude de le faire. J'ai rapidement quitté l'ASDAP une fois le travail terminé : j'ai rempli ma gourde d'eau fraîche, salué quelques employés et pris le raccourci dans la ruelle, là où on passe habituellement pour éviter le goudron du Gouverneur, ce goudron quand même assez achalandé, ce qui accentue les salutations. Bref, je voulais avoir la paix.

J'ai gardé mon sourire et mon habitude de saluer les gens que je croise - selon certaines de mes collègues, je salue un peu trop les gens. Et j'ai rencontré deux jeunes de mon âge avec qui j'ai décidé de m'assoir, peut-être étaient-ce des marchands parce qu'ils étaient assis en arrière d'un comptoir à bonbons au coin de deux ruelles ou bien des jeunes sur le chômage, comme des dizaines d'autres dans cette ruelle. L'un m'a offert quelques arachides. Mmmm ! des arachides ! même molles, elles goûtent bon. J'ai rapidement appris qu'ils étaient Coulibaly.

J'ai usé de mes talents de cousinage pour les faire rire : j'ai imité le singe en le mimant en train de se gratter et de monter l'arbre devant nous. Ils ne se pouvaient plus de rire, moi aussi d'ailleurs. Et ce qui est magique dans tout ça, c'est qu'ils ne comprenaient pas le français, et moi à peine le bambara. Nous avons quand même passé quelques minutes de notre vie à essayer de se comprendre et à rire de la famille de l'autre.

J'ai continué ma route, salué avec plus d'enthousiasme que tantôt des bonnes en train de laver des pagnes, un gardien ouvrant la grosse porte de métal pour que son maître puisse sortir la voiture, une madame sérieuse et bourgeoise sans sourire que j'ai réussi à transmettre un petit sourire en coin, peut-être à cause de mon accent, et puis un groupe d'enfants super contents de pouvoir me dire Bonsoir sur la même intonation que tous les petits enfants qui s'amusent à imiter les Toubabous.

Et puis, après d'autres sourires et d'autres salutations, j'ai rencontré Blaise, cet homme de mon âge qui a quitté le Burkina Faso il y a 6 mois à cause de la guerre. Il est maintenant gardien dans cette maison abritant une association pour femmes. Cet emploi l'ennuie un peu, lui qui aime l'action, qui se trouve trop jeune pour effectuer un emploi qui demande en grande partie à effectuer des tâches routinières et à attendre que les maîtres aient des commissions pour lui. J'ai appris qu'il est maçon depuis son enfance. Cet emploi de gardien, ce n'est que provisoire. C'est pour la survie et pour les contacts. Il prévoit donner sa démission à la fin du mois, confiant d'avoir trouvé un boulot directement dans son domaine. Il a commencé à travailler là-bas. Il ne lui reste que 6 mois à vivre ici, le gouvernement du Mali en a décidé ainsi. De toute façon, sa famille lui manque énormément. Je lui ai fait part de mon ennui aussi, de ma journée que j'avais trouvé longue et de mon manque d'enthousiasme. Nous avons discuté du Canada, mais surtout de l'atelier de meubles juste en face de nous, complètement à l'extérieur. Ici, ce qui est fabriqué à la main vaut beaucoup moins que ce qui est fabriqué par des machines. Ici, le travail d'une machine est vénéré. Je lui disais que dans notre cas, un artisan du bois, par exemple, pouvait vendre ses meubles beaucoup plus cher que ce qui est fabriqué à la chaine. Cette discussion m'a libéré un peu plus encore que les deux Coulibaly mangeurs d'arachides. Et puis j'ai continué ma route.

Ma balade arrivait à sa fin quand j'ai salué une femme un peu ronde. Elle m'a rapidement dit qu'elle venait de la Côte d'Ivoire, qu'elle était en vacances depuis un mois. Moi j'étais ici comme volontaire, animateur sur des sujets tels que le VIH/SIDA, les IST, les préservatifs, etc. Puis elle a dit que son mari était musicien. Quel hasard, mon père aussi. Elle m'a donc invité à le rencontrer. C'était à quelques pas de notre salutation, derrière une porte rouillée et de grands murs sans intérêt. C'est derrière ces murs que j'ai serré la main de cinq musiciens, tous la cigarette à la bouche. L'un d'eux semblait faible, recouvert de bosses de chairs sur la peau du visage et sur les bras. Une idée m'a traversé l'esprit : a-t-il le SIDA ? Et puis il y avait cet homme, le leader du groupe je crois bien, une grande Cora (instrument à cordes, celui-ci avait 12 cordes) à ses pieds.

Ils m'ont parlé de leur groupe, de leurs projets, de leur difficulté à se faire connaître. Ils jouent de la musique traditionnelle principalement pour les enfants. Ils participent à un projet avec les jeunes délinquants, ils font de la musicothérapie, sauf, comme ils m'ont dit, ils ne peuvent pas être reconnus officiellement comme tel parce qu'ils n'ont pas de formation en psychologie. Le joueur de Cora s'est mis à jouer et à chanter. Un autre a sorti une barre de fer recouverte et un petit bâton en métal, puis s'est mis à jouer en le frottant dessus. Un autre s'est levé, s'est mis à taper des mains et dansait en chantant. Je l'accompagnais dans le tapage de mains, mon seul talent en musique. Deux autres chantaient pendant quelques refrains. Le monsieur maigre regardait le vide, passif. Je le regardais par moment en souriant pour lui dire que j'appréciais beaucoup ce que j'étais en train de vivre. Je crois qu'il comprenait ma joie. Il me souriait à son tour.

Quatre morceaux plus tard, et mes mains devenues rouges, je les ai tous remerciés pour ce moment. Je n'ai pas hésité à dire au joueur de Cora que sa musique et sa voix avaient arraché ma tristesse de la journée. Nous nous reverrons qu'on s'est dit. La femme un peu ronde m'a accompagnée jusqu'au gros goudron. Elle aimerait en savoir plus sur le VIH/SIDA la prochaine fois que j'irai voir jouer son mari.

En une marche, mon humeur a basculé pour le mieux. Je répète les dires de plusieurs Maliens : les gens sont tellement sympathiques ici qu'il n'est pas possible de déprimer. Il y aura toujours quelqu'un pour discuter de nos soucis.

mercredi 10 juin 2009

Une vie de chien à Bamako*

Le quartier dans lequel j'habite fourmille de chiens.

Chaque matin, chaque soir, il y en a tellement que je dois regarder où je marche pour ne pas en écraser un sous mes sandales et même si je frôle un museau par-ci, par-là, ils restent zens. Ils sont éparpillés dans la rue, recroquevillés sur leur propre fourrure brune comme la terre, à moitié-endormis, épuisés par l'ennuie peut-être. Ce doit être un jeu que les chiens se sont inventés pour passer le temps; jouer aux caméléons et attendre d'être découverts. De l'attention de la part des hommes, ils aimeraient tellement en recevoir... mais ici, le chien est comme les morceaux de verre sur le mur entourant le milieu familial : un simple outil de protection contre les intrus.

Par ma courte présence ici, j'ai vu des gens les caresser un peu, par moment, mais sans trop s'y attarder. S'ils deviennent trop amusés et énervés, on lève la main pour les faire reculer. La culture de l'animal de compagnie ne semble pas exister chez le Malien. On aime le chien pour son utilité j'ai l'impression, c'est-à-dire faire semblant d'être méchant car en réalité, derrière les jappements colériques d'un chien malien se cachent souvent un chien apeuré, prêt à fuir devant la menace humaine. Et des chiens en fuite dès que mes pas s'approchaient d'eux, j'en ai rencontrés plusieurs ! Ils étaient peut-être moins endormis que ceux que je rencontre soirs et matins ?

Même ce qu'on leur donne à manger diffère. Un chien malien dirait à un chien québécois le voyant manger de la viande en canne : "Au nom de Allah ! Pourquoi ne manges-tu pas le riz comme moi ?"

Je me dis parfois que la vie de chien ne semble pas facile, mais je me réconforte quand, à l'aube, je les vois énergiques et amusés à courir dans tous les sens à la poursuite de petits oiseaux de nuit tourbillonnant au-dessus de nos têtes.

lundi 8 juin 2009

Le petit guide incomplet du cousinage*

Moi, Daouda Touré, juge hautement important de vous transmettre mes connaissances, source de sagesse, à vous, futurs Bamakois venus d'ailleurs.

Le cousinage est un art qu'il faut paufiner tout au long de la vie. Doser l'humour et le sérieux, voilà la recette. Le cousinage parfait ne peut exister que si la complicité règne. Rire de l'autre, rire de soi, mais ne jamais laisser un cousin avoir le dernier mot, surtout pas un Coulibaly*, ces pauvres mangeurs d'haricots...

Avant de vous lancer dans cette aventure qu'est le cousinage, informez-vous auprès des Maliens afin de connaître TOUS les noms de famille de vos cousins de plaisanterie, car ce n'est qu'avec eux que le cousinage est possible. Faites attention ! Evitez de demander cette information à un cousin, certains en profiteront pour vous remplir la tête d'haricots, si vous voyez ce que je veux dire... Une fois cette information connue, il devient important d'être le premier, chaque fois que vous rencontrez une nouvelle personne, de connaître son nom de famille. Un amateur du cousinage est toujours prêt (sans abuser) !

Les techniques de cousinage de base ! non-autorisées par le gouvernement du Mali

Technique #1 : la machine

Chez moi j'ai une machine bien spéciale. C'est une machine à Coulibaly ! Hein ? C'est quoi ? Quand je l'active, elle fabrique de tous petits Coulibaly ! Ils font le ménage de ma maison, la cuisine, mon lavage...

Technique #2 : l'esclave

Cette technique est très utilisée. Elle ressemble à la précédente, mais en moins extravagante: "Eh Coulibaly ! As-tu fait mon lavage ce matin ?"

Technique #3 : la petitesse

Le but ici est de faire croire au cousin qu'il est plus petit/jeune que soit en lui donnant de petits surnoms : "(A un Coulibaly) Bonjour fiston, tu vas bien ?"

Technique #4 : le rebaptisement

Ici, la technique consiste à appeler le cousin à l'aide de son propre nom de famille, afin de lui faire croire qu'il est plus digne de s'appeler comme nous.

Il y a différentes variantes de cette technique. La forme A consiste à interpeler directement le cousin à l'aide de son propre nom de famille : "(A un Coulibaly) Eh Touré ! Ca va ?" Forme très simple, mais qui peut devenir très agressive si utilisée avec répétition sur une période de plus de 14jours. Croyez-moi, j'ai vécu ce traitement par un vieil homme Coulibaly qui me traite quotidiennement de Coulibaly chaque fois que je passe devant sa maison, et ce, même si nous avons discuté joyeusement à quelques reprises. Certes un maître du cousinage, si ce n'était que de son nom de famille... Le pauvre, pas chanceux d'avoir un nom de famille pareil !

La forme B, quanr à elle, consiste à faire croire au cousin qu'on l'a (ou qu'on va) rebatisé dernièrement et qu'il est étrange qu'il ne se souvienne pas de ce fait : "Tu t'appelles Touré, je t'ai rebaptisé la semaine passée, tu ne t'en souviens pas ?"

Technique #5 : les haricots

Très souvent utilisée envers les Coulibaly, cette technique consiste à surnommer le cousin de mangeur de haricots. D'autres utilisent la fameuse phrase : "Tu as des haricots plein les poches."

Technique #6 : l'imagination

En dehors des cinq techniques de base, l'imagination est l'arme la plus efficace pour déstabiliser un cousin de plaisanterie. Utilisez votre humour et votre personnalité pour agrémenter votre cousinage, le plaisir et le naturel est important dans cet art !

Lors d'une soirée officielle du CECI pour nous souhaiter la bienvenue, j'ai rencontré plusieurs personnages hauts placés. J'ai rencontré un monsieur bien étrange. Nous nous sommes présentés, nous étions cousins, nous avons cousiné et bien rigolé. Plus tard dans la soirée, il m'a raconté une partie de l'histoire de l'origine de ma famille. Il me disait que les Touré d'autrefois avait toujours une cuillère attachée à leur ceinture. Etant un peuple très gourmand, ils étaient toujours prêts à sortir leur cuillère pour terminer le plat des autres ! J'y ai cru quelques jours, allant même à essayer de valider cette information avec les membres de ma famille malienne. Ils m'ont rapidement dit qu'on a profité de ma naïveté ! Pour la seule fois de ma vie, je me suis senti Coulibaly !

*Le mot Coulibaly est un nom de famille. Il est à noter que ce sont mes cousins, voilà pourquoi le texte portait souvent sur eux.

dimanche 7 juin 2009

Le pain baguette*

Au Québec, j'achète la baguette de pain pour me gâter. Parfaite avec des pâtes et une bouteille de vin, un véritable délice et un classique pour un repas romantique. Vous savez, depuis mon arrivée au Mali, je me suis surpris à penser différemment, à me découvrir des intérêts dont j'ignorais l'existence, comme négocier, vous vous souvenez ? Jamais je n'aurais cru qu'à mon retour en terre québécoise, la baguette de pain ne me serait plus aussi spéciale qu'elle ne l'était pour moi. Elle devra patienter un peu avant de rendre visite à mon estomac...


Bien que je l'aime encore, elle devient aussi banale que le pain tranché que nous sommes habitués de manger quotidiennement. Au Mali, le pain tranché ne semble pas exister; j'en ai jamais vu. Le pain baguette est l'un des vestiges de la colonisation française. J'en mange à tous les repas, ou presque. Si ce n'est pas au déjeuner, c'est au dîner. Si ce n'est pas au dîner, c'est au souper.


Moelleux à la croûte croustillante, le pain baguette d'ici semble être préparé à la main, pas comme notre pain baguette d'épicerie qui consiste en une pâte congelée que les "boulangers" déposent dans le four.


Le matin, j'ai souvent rencontré des motos transportant une énorme boîte en bois recouverte d'une toile. Quelques fois, des baguettes sortent la tête pour observer la vie bamakoise. J'en ai même vu une éternuer. Etait-ce la faute du petit nuage noir sorti du taxi d'en face ? Ces pauvres baguettes doivent avoir les poumons en compote. Et rendu à destination, les mains d'un marchand de rue les recueilleront. Plus tard, d'autres mains, celles d'un gardien, par exemple, viendront cueillir l'une d'entre elle. Ils deviendront amis l'instant d'une marche à travers les rouges ruelles. Elle aura la chance d'entendre le cri d'un coq, de voir un lézard se faufiler le long d'un mur, de faire connaissance avec les bonnes qui préparent les repas de la journée. Une fois sur la table, elle se fera déchirer par mes mains, puis je l'ouvrirai pour y mettre du fromage La vache qui rit, qui se conserve à l'extérieur du réfrigérateur, mais qui goûte aussi bon que le nôtre.


La morale de cette histoire ? Les baguettes de pain bamakoises vivent une vie plus riche que nos baguettes occidentales.

Le papier de toilette*

Définition : rouleau de papier, généralement blanc, qui est pré-découpé de la sorte qu'il est facile de déchirer la quantité nécessaire de petits carrés afin de pouvoir s'essuyer là-où-ça-sort.

Tellement commun en Occident qu'on oublie son existence dans notre vie quotidienne. Le papier de toilette est toujours là quand on en a besoin, un peu comme notre eau de source. Dans l'ensemble, les différences culturelles entre le Mali et le Québec se compteraient sur les doigts de dizaines de pairs de mains. C'est bien pour cette raison que j'écris sur ce blogue, pour vous les décrire et vous les partager le plus humblement possible. Mais quel élément me différencie le plus des gens d'ici ? J'aurais pu choisir l'habillement (le boubou), la religion, la nourriture, les salutations, etc. Mais le papier de toilette remporte la palme d'or. Pouquoi le papier de toilette ?

Eh bien, contrairement à la majorité des différences culturelles que j'ai rencontrées ici, je n'arrive pas à m'imaginer changer ma façon de m'essuyer là-où-ça-sort. Ici, le papier de toilette n'est pas utilisé, cet acte "d'essuyer"est plutôt remplacé par la main gauche (voilà pourquoi il est impoli de piger avec la main gauche de la nourriture d'une assiette commune). Oui, oui, les gens se nettoient bien les mains après le besoin comblé, j'espère que vous n'en doutiez pas. La première fois que j'avais entendu parlé de cette manière de faire, j'avais été quelque peu dégoûté en m'imaginant l'état de la main après "l'acte". Mais ce dégoût n'a pas duré longtemps, même qu'une fois arrivé au Mali, je n'y ai jamais fait allusion. Les mains d'ici sont très propres, il ne faut même pas en douter.

Malgré tout, je n'ai pas envie d'essayer, par peur de me confronter mentalement à l'idée de toucher directement ce-qui-sort-de-moi. N'étant pas habile comme les gens d'ici, j'ai l'impression que je ferais quelques dégâts... Bref, mon papier de toilette est devenu un objet sacré... surtout au prix auquel il se vend !

Acheter le papier de toilette peut parfois devenir gênant. Certaines personnes m'ont regardé avec un petit sourire amusé. Même les clients d'un resto-bar se sont mis à rigoler quand des filles du groupe ont sorti leur papier de toilette pour aller au petit coin. Le papier de toilette semble donc être perçu, par certains, comme un objet enfantin. Je ressens une forte pression sociale autour du papier de toilette. Je deviens parfois gêné à le montrer publiquement. Ici, rares sont les endroits publics où le papier de toilette existe. Il faut le trimbaler avec soi, faute de se retenir.
Ayant toujours été conscient de l'influence de toute une culture sur les habitudes de vie d'un individu, je ne croyais pas que le papier de toilette aurait été l'élément déclencheur de cette pression sur mon comportement.

mardi 2 juin 2009

Brusque changement de température*

Dimanche soir, peu de temps après avoir célébré avec entrain la fête de Claudia au restaurant La Calebasse, nous dormions tous à l'extérieur, en-dessous des manguiers et des étoiles, protégés des moustiques grâce à nos moustiquaires. La nausée m'a prise entre ses griffes, m'empêchant de dormir. Je la sentais monter. Je me suis donc précipité vers le lit de Katia pour lui demander la clé de notre case. Totalement endormie, elle n'a rien compris du tout : "La clé... quelle clé?" Trop tard, j'ai vomi. Je me permet de censurer les détails.

Une nuit à combattre quelque chose d'invisible à l'intérieur de moi, je comprenais maintenant ce que la majorité de mes collègues de stage ont vécu il y a plus d'une semaine. J'ai roulé d'un côté et de l'autre à la recherche de la meilleure position possible, mais il y avait cette maudite planche de bois, un peu plus élevée que les autres, qui me travaillait le dos. Le vent s'était levé. Les éclairs s'approchaient du campement. Nous avons tous décidé de retourner dans nos cases, matelas et moustiquaires à la main. Finalement, il n'a pas plu. Résultat : la chaleur ne fut que plus terrible à supporter.

Ce n'est qu'au petit matin que j'ai pu fermer l'œil jusqu'à notre départ pour Bamako, vers 13 heures. Pour quitter Siby, le sotrama était notre seule option.

(Comme d'habitude) nous étions entassés dans le sotrama. Le soleil tapait fort. J'étais près de ma fenêtre pour que le vent rafraîchisse mon cœur au bord du déversement. Et pendant ce temps, un gros sac de coton rempli de je-ne-sais-pas-quoi attirait plus d'une trentaine de mouches.

Après avoir fait le plein à une station service et après avoir déposé une femme convoquée au commissariat (et qui criait sans arrêt dans le sotrama), une énorme bourrasque de vent nous a assaillis pendant que nous faisions un arrêt pour recueillir un client.

Le vent était si fort que tout le paysage est devenu rouge de terre. Là où nous étions, il n'y avait que deux ou trois petites maisons de pierres (ou de terre?) aux toits de paille. En quelques secondes, une partie d'un toit s'est envolée. Le sotrama se faisait un peu bousculé, toujours immobile. "Est-ce que nous allons nous envoler ?" me suis-je dit plus ou moins sérieusement.

Ce moment me fascinait, car la température a chuté en un claquement de doigts. Il faisait environ 45 degrés, si ce n'est pas plus, et je dirais que ça a tombé à au plus 20 degrés ! C'était si rafraîchissant que j'en ai perdu ma nausée.

Une fois le vent tombé, le chauffeur a démarré le sotrama : direction Bamako! Le paysage était si différent : l'eau de pluie s'écoulait dans les champs, créant par moment de petits ruisseaux rougeâtres. Et le vent, lui, était si frais pour le coeur, ai-je découvert le meilleur médicament contre la nausée ?

PS : Aujourd'hui, je suis en pleine forme. De plus, la fin de semaine à Siby était merveilleuse ! Elise et Claudia écriront prochainement sur ce thème :)

vendredi 29 mai 2009

Les talibés*

Dans les rues moindrement achalandées de Bamako, des groupes d'enfants, souvent équipés d'un pot ou d'une grosse boite de conserve, accourent aux voitures.

"Cadeau ! Cadeau !" ai-je déjà entendu d'eux. Donne-moi un cadeau, n'importe quoi, je dois manger. C'est ce que j'ai l'impression de lire dans leurs visages. Il y en a qui peuvent me fixer très longtemps. Peut-être est-ce ma peau qui leur donne une petite lueur d'espoir. Mais non, je ne donne rien du tout. Pas parce que je ne veux pas les aider... plutôt parce que je ne veux pas renforcer les chaînes qui les lient à leur maître.

Vous avez bien compris, ils ont un maître. Souvent, ces enfants de la rue sont éduqués par un homme. Il leur enseigne le Coran, leur offre de la nourriture et leur offre un endroit où dormir. Les enfants, en échange, doivent lui rapporter de l'argent. J'ai appris dernièrement qu'il se pouvait qu'un maître frappe les enfants s'ils ne rapportaient pas un montant minimal à la fin de la journée. Cela explique peut-être leur ferveur à quêter toute la journée.

J'ai aussi entendu que lorsque ces jeunes vieillissaient, ils étaient délaissés par leur maître (ou décident-ils de le quitter, par lucidité?). Sans éducation, ces jeunes adultes sont bien souvent obligés de vivre dans la pauvreté.

Plusieurs explications me manquent par rapport à ces jeunes enchaînés. Je souhaite que mon passage en ces terres bamakoises m'en dise davantage.

mardi 26 mai 2009

Les idoles*

En soirée, nous étions environ six à boire le thé devant la maison.


Ce fut une autre occasion pour moi d'apprendre de nouveaux mots en bambara, mais aussi de continuer ma quête vers la connaissance culturelle du pays. J'en ai profité pour faire un aller-retour chez Salia, un voisin, afin d'acheter des sacs de jus de gingembre et de jus de bissap (ressemble à du jus de fruits rouges) pour tout le monde. Ils étaient tous heureux de se rafraîchir sous cette chaleur humide et écrasante, signe que la saison des pluies approche à grands pas de mouches.


Ce qui est plaisant dans les grins (groupes de discussion), c'est que les discussions surviennent naturellement, et que dans chacune, il y a toujours une nouvelle richesse. Hier, nous avons abordé le thème de Dieu. Le gardien de la maison voisine, Amadou, un Dogon, parlant un peu le français, le bambara et le dogon, m'a demandé à quoi ressemblait Dieu. Pour plaisanter, j'ai dit qu'il avait une grosse barbe blanche (un peu comme on a tendance à voir dans les films hollywoodiens). L'effet a été immédiat, Amadou s'est recroquevillé et il a ri pendant un bon deux minutes ! Les autres aussi riaient. Se représenter Dieu en un homme est une idée farfelue ici !


Amadou n'est ni musulman, ni chrétien. Il est animiste. Cela consiste à croire en la vie dans les objets. Bref, les objets choisis par ces croyants deviennent animés. Nous sommes habitués de voir cette croyance dans les films d'horreur, surtout quand il est question de poupées voudoues. Il y a beaucoup d'animistes dans les villages. Ici, à Bamako, ils ne sont pas bien perçus, surtout à cause de la religion musulmane qui considère les animistes comme des hommes sous le charme de Satan. Bref, dans chaque objet animé se trouve l'esprit du diable.



J'étais intéressé à obtenir une poupée voudoue, mais ils ont rapidement essayé de me convaincre de ne pas m'aventurer dans cette démarche. Ils m'ont plutôt conseillé d'acheter un idole positif, c'est-à-dire une poupée voudoue ne servant que de décoration, qui ne possède pas de propriétés d'enchantement.

Les idoles négatifs, au contraire, ont des propriétés surnaturelles. On dit que suite à l'acquisition d'un idole négatif aux pays Dogon (une région du Mali), l'acquéreur ne peut dormir. La poupée ne cesse de le réveiller en répétant son nom, allant jusqu'à lui donner des ordres, jusqu'à ce qu'il prenne soin de lui. Parler aux idoles est donc chose fréquente. Les offrandes aussi.

Idolâtrer consiste à sacrifier quelque chose de son existence en échange des services de l'objet en question. Certains idoles, par exemple, exigent de son acquéreur qu'il cesse toute relation amoureuse, sans quoi le pouvoir qu'il procure diparaît. Il parraît que certaines personnes donnent du sang d'animal à leurs poupées ! Je ne sais pas si ce sont toutes les poupées qui doivent être nourries ainsi.

Toute cette histoire de poupée semble bien bizarre, pour nous occidentaux à la pensée rationnelle, eh bien laissez-moi terminer ce texte avec une façon pratique d'utiliser une poupée : un voisin m'a raconté qu'il connaît quelqu'un qui a une poupée qui agit en temps que "gardien" de sa maison. A chaque fois qu'il revient à la maison, il lui demande tout ce qui s'est passé à la maison et la poupée de lui répondre tout dans les moindre détails. Ce serait moins dispendieux que les caméras, non ?

lundi 25 mai 2009

Les taxis de Bamako*

"Maudits taxis !" qu'il m'arrive de dire quand j'ai envie de marcher en paix et que j'entends klaxonner un taxi. Les taxis klaxonnent TOUT LE TEMPS à la vue d'un blanc. "Il doit être perdu ce blanc s'il marche dans la rue comme ça!" doivent-ils se dire. Et les taxis, ce n'est pas ce qui manque ici! Même dans les rues de terre, des taxis s'y aventurent, à la recherche de clients. Et quand le klaxon ne semble pas nous faire broncher, ils ralentissent pour nous demander si nous avons besoin d'un taxi. Il y en a même qui passent devant nous, et, à l'improviste, comme ils viennent de nous voir reviennent à la charge à reculons pour nous faire signe de venir. J'ai même eu connaissance de quelques taxis, clients à bord, nous demandant si nous avions besoin de leurs services. Un client blanc, c'est l'occasion, pour un Taximan de se faire un peu plus d'argent. Je vous explique pourquoi.

Vous vous rappelez de mon billet sur la négociation ? Le prix d'une course de taxi, ça fonctionne comme ça aussi. Il faut négocier le prix avant d'entrer. Une fois le prix négocié, il ne change pas, à moins d'un incident majeur. Bref, c'est bien différent de chez nous où le temps joue contre nous et fait augmenter le compteur.

Quand on ne connaît pas le prix réel du point A au point B, c'est là qu'on risque de se faire avoir en payant jusqu'à trois fois le prix. Les taximans profitent beaucoup de cette ignorance. Bien souvent, c'est en discutant avec un Malien qu'on sait si on s'est fait avoir. Connaître les prix, ça permet de pouvoir mettre ses limites dans la négociation. Il ne veut pas aller en bas de 750 francs ? Pas de problème, nous allons négocier avec un autre taxi, ce n'est pas ça qui manque ici ! Des fois, nous pouvons négocier avec trois taxis avant d'en arriver à un prix raisonnable. Saluer et se présenter en bambara est un atout incroyable pour gagner la confiance du conducteur.

Les discussions avec les taximen peuvent être très enrichissantes ou très rigolotes. J'ai appris de l'un d'eux qu'ils doivent louer leur voiture, s'ils n'en ont pas. La location varie entre 10 000 et 15 000 francs par jour. Ils commencent leur journée très tôt, vers 5-6 heures et terminent souvent vers minuit. Il n'y a pas une centrale d'appels. Non, non, ils doivent eux-même trouver leurs clients. Et ce n'est pas la compétition qui manque ! Bref, les taximen travaillent très fort, mais obtiennent quand même, parraît-il, un bon salaire.

"Maudits taxis !" ; Ces exclammations de ma part font bien rire mes collègues. J'apprend graduellement à enlever ce concept, qu'est la paix, la tranquilité auditive, de mon existence quand je marche dans les rues de Bamako. Il en vaut mieux ainsi, sans cela je risque de maudire les taxis jusqu'à ce que ma voix me lâche !

La police de Bamako*

Rares sont les voitures (ou les motos) de police circulant à Bamako.
La majorité des policiers que j'ai vus ici se tiennent en-dessous de petits toits de toile sur lesquels il est écrit Police. Ils portent des berrets noirs et des uniformes bleus. Ils surveillent la circulation, sifflet au cou, prêt à intervenir en cas d'infraction. C'est plutôt l'impression qu'ils aimeraient nous laisser croire. En réalité, mes observations m'amènent à conclure qu'ils passent la majorité de leur temps à discuter entre eux.

En discutant avec la population, j'en ai appris plus sur ces hommes de loi. Premier constat, un peu comme chez nous, les policiers ne sont pas bien perçus, mais pas pour les mêmes raisons. Beaucoup de gens avec qui j'ai discutés m'ont dit que les policiers sont corrompus... jusque dans leur quotidien !

Glisser 1000 francs (environ 2.50$) à un policier permet d'annuler une infraction de la route, à ce qu'il parraît. C'est une bonne partie du salaire de certains policiers. Il faut bien nuancer, bien entendu, car ce ne sont pas tous les policiers qui agissent ainsi. La raison de cette corruption est due à leur maigre salaire.
Le gouvernement tente actuellement de corriger la situation. Maintenant il y a des inspecteurs qui se déguisent en civils, ayant comme principal objectif de vérifier la légalité des policiers, surtout aux douanes, où les pots-de-vins permettent de passer d'importantes commandes à faible coût. J'ai appris que, dernièrement, environ deux cents policiers ont été mis à la porte pour corruption. De plus en plus de policiers ont peur d'agir dans l'illégalité.

Anecdote de policiers

En direction vers le centre-ville, sur une route très achalandée, nous étions tous assis dans une boîte de pick-up ouverte, par faute de manque de camions pour nous transporter. Nous avions peur de nous faire surprendre par la police. Quelques minutes plus tard, un pick-up de police nous dépasse. Il y avait une dizaine de policiers dans la boîte, certains étaient même debout parce qu'il n'y avait pas assez d'espace. Un simple coup de volant trop sec de la part du conducteur en aurait projeté plus d'un sur la chaussée ! Le temps qu'ils passent devant nous, ils ont présenté aux filles quelques sourires charmeurs et commencé à se présenter. Illégal d'être 6 en arrière d'un camion à une vitesse d'environ 80 km/heure ? Je ne crois pas !

lundi 18 mai 2009

La négociation : ma première journée au marché*

Avant d'arriver au Mali, j'avais beaucoup entendu parler de la négociation marchande qui règne ici. Je m'étais donc préparé mentalement à cette activité. Je dirais même que c'est l'un des éléments de la culture que j'apréhendais le plus!

Le lendemain de notre arrivée à Bamako, nous avons visité plusieurs quartiers de la capitale... et le marché des artisans ! Cet endroit renferme des centaines de boutiques où l'on peut voir les artisans fabriquer les biens (bijoux, statuettes, masques, instruments de musique, etc.) qui y sont vendus. C'était fascinant à observer ! Rapidement, les vendeurs nous ont abordé et trouvaient toutes de sortes d'arguments pour nous montrer leur produit. Etant les seuls Blancs de l'endroit, nous suscitions beaucoup d'intérêt ! Blanc = riche. Point final.

J'ai discuté avec l'un d'eux, en me présentant en Bambara, simplement par curiosité et pour connaître le prix d'un masque. Le prix était en francs CFA (environ 400 francs CFA = 1$ CAN) et comme je ne connaissais pas encore cette information, car nous n'avions même pas échangé notre argent en francs CFA, le prix qu'il m'offrait ne me disait rien du tout. Je lui ai donc dis que je n'achèterais rien aujourd'hui. Il m'a immédiatement demandé un autre prix que celui qu'il m'avait présenté. Il m'a expliqué que la vente ici n'était pas comme en Occident, que tout était négociable, que c'est de cette façon que ça fonctionne ici, à Bamako.

J'étais mal à l'aise, car je ne voulais pas dire n'importe quel prix, ne connaissant pas trop la valeur de la devise, ni des objets se vendant au marché. Je ne voulais pas le froisser, car un de mes amis maliens m'avait averti à ce sujet : offrir un prix inférieur à la juste valeur d'un objet peut couper immédiatement le lien de confiance entre le client et le vendeur. Etant nouveau dans ce pays, insulter quelqu'un était bien ce que je voulais éviter à tout prix. Bien que j'aie longuement essayé de lui expliquer cela, il voulait absolument que je lui donne un prix. Il répétait sans cesse quer j'étais son premier client et qu'il avait besoin d'argent pour la journée. Je ne lui ai pas donné de prix, et, en le saluant poliement, je suis allé visiter d'autres sections du marché.

Le premier client de la journée est très important pour les marchands. S'il donne un prix à l'un de ses biens, cela signifie qu'un client s'intéresse à ses produits. Cela signifie qu'il y aura la chance avec lui dans la journée. La chance de vendre et de faire un peu de profit. Ne pas obtenir de prix, cela peut signifier que la journée ne sera pas bonne. Souvent, le premier client bénéficie d'un meilleur prix, s'il négocie, que les prochains clients. Bien entendu, certains vendeurs utilisent cet argument pour séduire le client et ainsi lui faire croire que le prix négocié est bon.

Tout ceci, je l'ai appris deux semaine plus tard, à la suite d'un achat bien négocié avec un marchand de ce marché !

En une quinzaine de minutes, à la suite de mon premier entretien avec le vendeur de masques, les vendeurs criaient, avec enthousiasme, "C'est David !" J'étais très surpris de la vitesse à laquelle mon nom s'était propagé ! Comme j'étais le seul homme blanc du groupe, j'ai suscité l'attention des hommes (les marchands du marché des artisans, entouré de murs, marché n'étaient que des hommes, les femmes marchandes étant dans les boutiques extérieures), car habituellement, dans la culture malienne, les hommes respectent plus les autres hommes que les femmes. Cela se voit facilement dans les rapports qu'à notre groupe avec les gens d'ici : souvent les hommes s'adressent à moi en premier. Fin de cette petite parenthèse de la relation hommes/femmes au Mali: J'y reviendrai sûrement plus en détails lors d'un autre billet sur ce blogue.


J'ai bien aimé cette première visite au marché des artisans, surtout l'aspect de la négociation, ce qui m'a donné le goût d'y retourner deux semaines plus tard... Je vais donc vous écrire, très bientôt, un autre billet à propos de ce thème !


Merci beaucoup de me lire !

vendredi 15 mai 2009

Les familles Dogon et Bozo*

Par mes rencontres, je recueille les histoires des peuples maliens, des différentes familles et des régions du pays.

Je vous en raconte une, courte, mais qui est la source d'une grande division entre deux familles au niveau de l'amour. Il se peut très bien que certains détails de l'histoire soient déformées par ma mémoire.

Ces familles tant divisées sont les Dogon et les Bozo.

Il y a très longtemps de cela, deux frères, tous deux Dogon, marchaient ensemble dans le désert. Ils étaient près d'un fleuve (ou d'un oasis? d'une rivière ?) Ils étaient perdus (je crois) et les ressources de nourriture se sont épuisées. Les deux frères étaient, vous vous en doutez bien, affamés. Face à ce problème, l'un d'eux décida d'offrir la chair de l'une de ces cuisses pour qu'ils puissent survivre. Ils mangèrent... Mais, par ce sacrifice, un froid est né entre les deux : la honte.
Le frère qui ne s'était pas sacrifié a donc continué son chemin. Il a gardé son nom de famille, Dogon, et est devenu (ou demeuré?) agriculteur. L'autre est resté près de l'eau. Il a changé son nom de famille : Bozo. Il est devenu pêcheur.

La honte entre deux frères s'est transmise d'une génération à l'autre, jusqu'à nos jours. C'est pourquoi il est extrêmement rare (voire même impossible ?) de voir un mariage entre un Bozo et un Dogon. Plusieurs personnes m'ont raconté qu'ils ont connu des gens des deux familles ayant voulu se rapprocher (dans le lit...), mais dès qu'ils ont franchi la chambre à coucher, la maison s'est mise à branler, comme lors d'un tremblement de terre. Il semble donc qu'une malédiction brouille les liens amoureux entre eux. Malgré tout, les deux familles se respectent énormément.

Des contes comme celui-ci fourmillent au Mali. Ils entretiennent des mythes et croyances modifiant le cours de l'existence de chacune et chacun. Les connaître me permet de mieux saisir toute la richesse qui se cache derrière chaque famille. Une richesse que chacun s'amuse à entretenir, fiers de connaître la racine de leur existence.

mercredi 13 mai 2009

Les salutations*

Depuis le début de mon aventure, chaque fois que je reviens à la maison, soit à environ 20 minutes de marche de l'organisme pour laquelle nous travaillons, je salue des dizaines de gens. Des salutations qui viennent du coeur, pas par simple politesse, comme nous avons l'habitude de faire.

Ici, les salutations sont très importantes. Souvent, elles ne se limitent pas à un simple bonjour. On demande comment ça va... mais aussi comment va la famille, les enfants, etc. Les Maliens sont souvent surpris de m'entendre parler le bambara (une langue parlée par environ 80% des Maliens). Ils se mettent souvent à rire, sans méchanceté. Les gens croient souvent que je suis Américain. Et quand ils apprennent que je viens du Canada, ils essaient même de me parler en anglais parce qu'ils croient que nous sommes tous bilingues. J'ai même eu 2 demandes de cours d'anglais ! J'ai accepté, pour prendre connaissance et pratiquer mon bambara. Ce sont des voisins.

Enfin, pour en revenir aux salutations, les gens me demandent souvent mon nom. J'ai un nom malien. Eh oui ! C'est.... Daouda Touré ! Je vous parlerai de la signification de mon nom bientôt... Les Maliens trouvent cela amusant que j'aie été batisé à la malienne ! Le nom de famille permet de rapprocher les gens. Certaines familles ont des liens de cousinage, qu'on appelle ici, ce qui amène certaines familles à plaisanter entre elles. Par exemple, les Touré sont cousins avec les Coulibaly, les Kaïta, les Maïga (et d'autres dont j'oublie).

Quand on rencontre un voisin, il n'est pas rare de se moquer de lui. Je peux rire des Coulibaly en les traitant de mangeurs de haricots. Je peux dire que les Maïga sont mes eslcaves... Ca peut parraître méchant, mais c'est toujours pris à la légère ! Ce genre de plaisanterie me permet, entant qu'étranger, de m'intégrer plus facilement dans la culture malienne. Bref, j'ai souvent discuté des dizaines de minutes avec un inconnu seulement parce que j'étais à l'aise dans les salutations et le cousinage.

Ces deux derniers jours, je ne voulais pas retourner à la maison (malienne), car je savais qu'un trajet de 20 minutes pouvait se transformer en un trajet d'une heure ! Quand on est fatigué, les salutations deviennent notre dernière priorité... Ce qui est amusant, c'est que chaque fois que je voulais être à la maison le plus rapidement possible à cause de la fatigue qui m'habitait, je me retrouvais à saluer les gens avec vigueur et plaisir, ce qui a multiplié mes rencontres !

Merci beaucoup de me lire et à la prochaine !
-Daouda Touré

mardi 12 mai 2009

Le thé malien*

Le thé malien fait partie de la vie quotidienne. Il unie les gens et est provocateur de bien des causeries entre voisins et amis.

Dans la famille dans laquelle je vis, le thé est bu en fin de journée seulement. Dans d'autres familles, il est bu à plusieurs moments de la journée.

Ce thé n'a rien à voir avec celui en sachet dont la plupart d'entre nous sommes habitués de boire. Il est servi dans de petits verres. Il est jaunâtre-vert avec une petite mousse blanche sur le dessus. Cette mousse indique que le thé est bien préparé. Son goût varie selon la quantité de sucre utilisée. Habituellement, il y a plusieurs services de thé. Le premier qui est servi est le plus sucré et les autres sont de plus en plus amers.

Je n'ai pas encore bien compris le principe de la préparation du thé... voici mes observations (que j'améliorerai une fois avoir bien observé) :

Le thé est préparé dans une théière directement à l'extérieur, devant la maison. Les gens se rencontrent là pour discuter de différents sujets de la vie (j'aborderai le sujet dans un prochain message). C'est sur un feu de charbon que le thé est préparé. Pour que l'infusion soit à point, il faut transvider le thé dans une autre théière, et ainsi de suite. Il faut être très agile et minutieux pour transvider le thé dans les verres, car cela se fait en élevant la théière assez loin de celui-ci. Une fois que l'infusion est bonne, il faut ajouter le sucre tout en faisant bouillir le thé.

Il existe plusieurs recettes, celui que je bois est composé de thé vert, de sucre et de menthe fraîche.

Ce qui est magique avec le thé, c'est qu'il transforme un étranger en un ami pour l'instant d'une discussion ou d'une partie de cartes. Le gardien de ma famille me montrera comment le préparer.

Premier signe de vie*

Bonjour tout le monde !

Je sais, je sais, je n'ai encore rien écrit sur le blog. J'y ai souvent pensé, mais j'étais loin d'un ordinateur quand l'inspiration me prenait. J'écris dans mon journal, ce qui me donne moins le goût d'écrire ici. Comme vous êtes beaucoup à vouloir de mes nouvelles, c'est mon devoir de vous donner signe de vie et de vous raconter ce que je vis au Mali!

Je trouve cela difficile d'écrire ce que je vis ici, car il y a tellement de choses à dire que je me perds dans ce que j'aimerais vous raconter. Je vais commencer par le thé malien. Allez voir le prochain message!

Je vous aime
-David

dimanche 26 avril 2009

Le journal de bord de David !




Un mot pour te décrire ? Curiosité multicolore.

Ce qui t'intrigue le plus à Bamako ? La négociation dans les marchés.

Objectif personnel en lien avec le stage :

Par rapport à la culture : Saisir toutes les opportunités qui me permettront de me rapprocher de la culture, de la langue et de l'histoire du Mali.

Par rapport au projet de stage en groupe : Mettre de côté mon orgueil pour que notre travail avance mieux.


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Mes chroniques sur la culture malienne
Le thé malien
(12 mai 2009)

Les salutations
(13 mai 2009)

Les familles Dogon et Bozzo
(15 mai 2009)

La négociation : ma première journée au marché
(18 mai 2009)

La police de Bamako
(25 mai 2009)

Les taxis de Bamako
(25 mai 2009)

Les idôles
(26 mai 2009)

Les talibés
(29 mai 2009)

Le papier de toilette
(7 juin 2009)

Le pain baguette
(7 juin 2009)

Le petit guide incomplet du cousinage
(8 juin 2009)

Une vie de chien à Bamako
(10 juin 2009)

L'ennui
(17 juin 2009)





Divers
Brusque changement de température