Samedi le 16 mai, je me suis réveillée à 8h00. Ce matin, j’ai fait la grâce matinée sur le toit de la maison de ma famille malienne; les Touré. Couchée sur un matelas de mousse, j’admire, à travers mon moustiquaire, le ciel malien. Je suis bien, simplement sereine avec moi-même. Il fait tellement chaud dans la chambre que je partage avec ma sœur Hadiara que nous dormons tous sur le toit afin de sentir sur notre peau une petite brise de fraîcheur. Alors, nous sommes huit personnes à dormir sur le toit. J’ai bien pensé prendre une photo mais bon… imaginez huit personnes sur un plancher de ciment, certains sous un moustiquaire, idée de ne pas ouvrir les yeux et faire face à un petit lézard mais aussi pour ne pas être ravagée par les moustiques porteurs parfois du paludisme, bien que ce n’est pas encore la saison des pluies.
Pouvez-vous croire que je me lève à 6h30 presque tous les matins… et j’ai sommeil seulement vers 23h30! Je tente de rester éveillée pour boire un ou deux dablinis chauds de mon petit frère Abdoulaye, sa version du thé malien qui n’empêche pas de dormir. Nous sommes tellement confortables sur le toit. Nous avons une bonne petite brise, voyons la pleine lune et quelques étoiles. Ma première matinée, j’ai ouvert les yeux et aperçu une famille d’oies qui me souhaitait aw bisimila en Afrique (Bienvenue). J’ai beaucoup de chance…
Je suis actuellement dans la cour avec ma petite sœur Hadiara et la bonne de la maison Indou. Il fait plus de 40 degrés. Une femme rentre pour acheter plus de 30 sachets de glace. Elle les met dans un sac de tissu, le dépose sur sa tête et quitte avec son bébé accroché dans son dos. Ça sent la cuisine malienne qu’Hadiara prépare, une sauce gumbo avec du riz. Je viens de terminer ma lessive à la main. Bon dieu que c’est dur pour les jambes… Ici, les femmes lavent leurs habits à la main à trois reprises avant de rincer et de mettre sur la corde à linge. Mais, moi la toubabou muso (femme blanche), je ne lave qu’une seule fois… je ne comprenais pas pourquoi la bonne m’avait apporté quatre bassins d’eau!
Ma sœur Hadia se fait la coiffure. Nous écoutons Habib Koité, le meilleur musicien malien, sur mon ordinateur. Et spontanément, nous nous sommes mises toutes les trois à danser. La bonne tape des mains, moi je danse à la toubabou et Hadiara se fait aller les fesses comme Shakira! Baba un autre frère de famille, et oui, j’ai cinq frères et une sœur…, donc Baba arrive dans la cour, il vient de terminer la classe. Il est professeur au primaire et suit des cours d’informatique. Alors je dis à Baba « na yan. E bé taa dunké » (Baba vient ici. Vient danser). Il me répond avec un sourire timide et me serre la main « je ne danse pas très bien ». Il me dit « c’est trop musique » (c’est trop bon du Habib). Aujourd’hui, il me fait tellement rire. Tout est trop quoi! Trop musique, trop sauce, trop thé, trop Lucie… Mahamoudou, mon grand frère vient de rentrer et danse sur la musique et ma sœur tape des mains. Quel beau moment! Alors après la danse, on va manger la bonne sauce et le riz cuisiné par Hadiara. Mes deux frères, ma sœur et moi, on s’assoit sur une nappe et on mange dans le même bol avec nos mains. Bon, un ami entre! Vient manger! Il s’assoit et mange avec nous. Ici, les Maliens disent souvent « mange sinon l’Afrique va te manger! » Je crois que c’est la première fois de ma vie que je vais prendre un peu de poids.
Les Maliens et les Maliennes ont tellement un sourire exceptionnel, si joyeux et charmant malgré les obstacles de la vie. Même un vieux avec sa mobylette tombée en panne... il sourit et salue tout les gens sur son passage, en poussant sa bécane sur le goudron bondé de voitures, sotramas et motos. Alors, pour revenir à ma famille d’accueil, ce sont des Touré, une famille sonrhai qui vient de Tombouctou. Mahamoudou Touré s’amuse à dire qu’ils sont venus coloniser Bamako. Ils sont tous tellement hospitaliers comme si j’étais un peu des leurs quoi!
En fait, ils sont accueillants avec tout le monde. Sauf les Dogons qui sont traités d’imbéciles dans cette maison… C’est que les Touré sont cousins avec les Dogons. Ici, on se taquine ou s’insulte publiquement pour rigoler ou pour désamorcer les conflits! Si un Dogon est dans le pétrin, un sonrhai se doit de l’aider. Pour ma part, comme je suis Doumbia, j’appartiens aux forgerons, ceux qui façonnent le métal et le fer. Mes cousins sont les peuls, les Diallo entre autres… Bon je vous laisse puisque nous devons aller refaire le monde autour d’un shooter de thé à la menthe de Baba Traoré.